Les effets de la fatigue

Je ne sais plus quand j’ai fais une vrai nuit de sommeil…
Dire qu’à une époque il me fallait absolument 9h de sommeil sans interruption…et je pouvais dormir plus de 12 heures sans problème…c’est loin!

Je n’arrive pas à me rappeler la dernière fois que j’ai dormi ne serait ce que 6h sans réveil.
J’entendais je ne sais plus qui l’autre jour dire qu’il n’avait plus que 5h de sommeil devant lui avant de devoir se lever pour aller travail. J’ai pensé « 5h! Waou la chance ». Alors qu’en fait on est bien d’accord, 5h, ce n’est pas beaucoup.
Finalement, je me suis faite rire toute seule avec cette histoire.
Mais je ne désespère pas un jour de retrouver un rythme nocturne plus standard 😉

Je pourrais me rattraper en faisant la sieste mais ça ne me convient pas. Quand je me réveil le matin, ou d’une sieste, il me faut au moins 1h pour émerger. C’est vraiment un moment pénible pour moi. Alors je préfère éviter.
D’ailleurs à un moment donné, Valentin se réveillait tellement la nuit, j’essayais de prévoir ses réveils et de me coucher de telle façon que je pouvais dormir 3h.
Forcément ça ne fonctionnait pas du tout. Valentin a comme un sixième sens : il me réveil plutôt quand ça fait 1/2h ou 1h que je dors. Et là le réveil est vraiment vraiment difficile. J’ai cette sensation d’être passer sous un rouleau compresseur et de ne plus avoir aucune force. Parfois j’entends mon titi, j’ai juste la force d’ouvrir les yeux et de le regarder, et je suis incapable ne serait ce que de tendre la main vers lui.
Tout ça m’était tellement dur à un moment que je me suis dis que ça ne servais à rien que je me couche.
Je trainais le soir, devant la télé ou ma machine à coudre, je ne voulais plus me coucher. Pour ne plus avoir à me réveiller. Une période ou je devais dormir 2 ou 3h par nuit, et même pas en bloc. Un coup de folie!
Et puis je suis revenue à la raison : je n’allais quand même pas plus dormir du tout? Comment allais je tenir?

Aujourd’hui je prends les choses comme elles viennent. C’est assez surprenant puisque ce n’était absolument pas dans mon caractère ce genre de lâcher prise. Et pourtant. Bon pas sur tous les sujets, mais en ce qui concerne Valentin, sa malformation, son opération repoussée, les nuits qu’il ne fait pas…j’arrive à me dire que c’est comme ça, qu’on verra comment tout ça va finir par se goupiller.
Et puis quand même, si je ne fais pas la sieste, Alex me permet de faire des grasses matinées quand il est là.  3 matinées par semaines je peux dormir sans craindre d’être réveiller par mon bébé. Alex prend généralement Valentin vers 9h et je me lève…quand je me lève. Parfois à 11h, parfois à 13h. Si je compte comme ça, ça ne fait que 4h de sommeil en bloc. Pas de quoi récupérer les nombreuses heures qui me manquent. Mais la grosse différence, c’est que c’est moi qui me réveil, toute seule, et (normalement) pas les pleures de Valentin (même si ça arrive que ce soit les enfants qui me réveillent parce qu’ils font du bruit! lol). Et ce sommeil là, même si il ne dure pas longtemps, est beaucoup plus profond et réparateur!
Merci mon chéri!

 

Quoiqu’il en soit, tout au long de l’année, j’ai constaté que la fatigue avait un certain nombre d’effets sur moi.

D’abord, les premiers mois, j’ai eu l’impression d’être un zombie. J’en ai déjà parlé.
J’ai toujours des souvenirs flou de toute cette période, et j’y pense avec tristesse. Surtout pour Gabriel qui a eu une maman peu présente pour lui.

Et puis physiquement…
Pendant je ne sais combien de mois, toutes les semaines, généralement le mardi ou le jeudi, je me faisais une soirée « gastro » : mal de ventre et…je ne fais pas de dessin, je passais la soirée dans les toilettes. J’ai cru que j’avais une maladie chronique, ou mal guérie, mais finalement non : au bout d’un moment le corps s’exprime. C’est tout.

J’ai pu constater à de nombreuse reprise aussi, que trop de fatigue empêche de dormir : je n’ai jamais fais autant d’insomnies! En début, en milieu ou en fin de nuit. Complétement crevée et incapable de fermer l’œil. J’ai souvent cru que tellement fatiguée il me suffirait de poser la tête sur l’oreiller pour m’endormir aussitôt. Que nenni! Je crois bien que plus je suis fatiguée, plus l’insomnie pointe son nez.

Ai-je besoin de dire que quand le sommeil est partie les microbes dansent? Ils profitent les coquins du moindre petit coup de fatigue. Bon je m’estime quand même heureuse, je n’ai pas été si souvent malade que ça (mis à part mes « gastro » à répétition!lol). Ouf

Autre petit bobo que la fatigue engendre : des maux de tête à répétition. Limite des migraines. A me taper la tête contre les murs. Le doliprane n’ayant pas beaucoup d’effet dessus. Je me suis plusieurs fois couchée et levée avec le même mal de crâne.

Et cerise sur le gâteau : quand je suis fatiguée je fais des poussées d’acné. Quand je suis stressée aussi. Combo gagnant. Dans mon malheur j’ai une toute petite chance : les boutons ne sont pas sur le visage, mais sur le dos et le torse. C’est glamour hein? lol

 

Après il y a tous les aspects « intellectuels »:
– J’ai toujours de gros problèmes de vocabulaire. J’en perd mes mots. Et ça m’énerve!
– J’évite de conduire puisque j’ai tendance à me mélanger les pinceaux avec les feux. Je ne comprends pas comment ça se fait, mais je traduit mal l’information : rouge je passe, vert je m’arrête. Ça m’effraie et j’espère que cela rentrera dans l’ordre rapidement. En attendant je ne conduit que si c’est vraiment nécessaire (pour les rdv médicaux de Valentin exclusivement)
– Ma mémoire à court terme est défaillante : il m’est arrivé de poser 3 ou 4 fois d’affiler la même question à Alex, et de ne pas me souvenir de la réponse. Ni d’avoir posé la question d’ailleurs.
– A moyen terme c’est pas top non plus : j’ai pris 2 rendez vous médicaux pour Gabriel, chez le même spécialiste. J’avais oublié que j’avais déjà appelé :S
– Je suis capable de resté de long moment avec le cerveau vide. Comme un « bug », je « freeze ». Ce qui m’était arrivé que très rarement avant (c’était même un problème durant des séances de relaxation : je ne sais pas faire le vide) et toujours en période de stresse et/ou de fatigue.
– Je suis également capable de réfléchir très sérieusement à des trucs complétement con. Comme si je n’avais plus de second degré. Un exemple : je regardais la pub « My million ».

Voila, dans cette pub la secrétaire sépare les « rêves » entre ceux de « maisons, voitures, bateaux » et « tout ce qui vole ».
Vous allez me dire qu’il n’y a pas grand chose à réfléchir.
Ben moi j’ai bugger.
Je me suis demandée « Et si je rêve de faire un voyage, je vais à quel bureau? ».
« En plus si c’est un tour du monde, je peux prendre l’avion et le bateau ».
Et j’ai bugger.
Il m’a fallu 10 bonnes minutes pour me rendre compte du ridicule de ma réflexion!
Ce n’est pas facile quand même d’être fatigué! lol

 

Et puis, quand même, moralement ça n’a pas toujours été top. Le manque de sommeil ayant un impact très important sur ce baromètre.
C’est simple, quand on est fatigué, le moindre petit grain de sable peut nous sembler une montagne…

J’ai vu l’arrivée de Valentin dans notre vie comme un marathon. Je savais qu’il ne ferait pas ses nuits pendant un moment (Gabriel ayant attendu 9 mois pour renoncer au biberon de la nuit et 2 ans avant de dormir sans nous réveiller pour une tétine perdue) qu’il nous fallait donc comme pour un marathon essayer d’être régulier et ne pas nous épuiser au tout début du parcours.
Il y a eu des montées, des descentes et des passages plus ardus que d’autre.
Arrivée fin février, j’ai senti ma ligne d’arrivée toutes proches. J’ai senti aussi que je commençais sérieusement à manquer de souffle. Mais qu’importe, le bout du chemin était là, tout proche. Un dernier effort et, douce illusion, je pourrais me reposer.

Douce illusion oui, je ne sais pas ou j’ai été m’inventer qu’une fois opéré Valentin dormirait d’une seule traitre et que ça serait plus facile. Alors que beaucoup de parents nous parlent de régression après l’opération!
Mais la tête dans le guidon, je ne voyais que l’étape à franchir et pas ce qu’il y pourrait y avoir derrière.
Au fond ce n’est pas plus mal : qui pourrait s’attaquer à un marathon en sachant toutes les difficultés, tous les petits et gros caillou de la route?

Et ce qui devait arriver arriva : la fatigue a pris le dessus, me laissant sans défense face à mes angoisses.
Je n’en ai parlé à personne. Personne.
Ni à Alex, ni aux ami(e)s, ni à la famille.
Ni aux autres mamans qui sont passées par là et qui auraient peut être trouvé les mots pour que je garde la tête hors de l’eau.
Mes angoisses ont pris toutes la places et je n’avais plus la force pour lutter contre ce qu’elles me murmuraient à l’oreille. Elles ont alors réussi à me convaincre du pire. Me convaincre, au plus profond de moi même, que les choses ne se passeraient pas comme on l’attendait, que j’étais en train de vivre les derniers jours de mon bébé, que bientôt il serait opéré et qu’il ne se réveillerait pas.
J’avais la certitude que toute ma vie, toutes les rencontres que j’avais faite jusqu’ici, tout le chemin parcouru, tous les événements vécus, tout m’avait amené à me préparer à ça : la perte de mon bébé. C’était la suite logique.

Je sais. On peut dire tout ce qu’on veut: que je suis vraiment pessimiste, que c’est n’importe quoi, que la médecine fait des miracles, que y’a pas de raison, que je me suis fait des films. En l’occurrence ces films là, je ne les souhaite à personne.
C’est aussi pour ça que je n’en ai parlé à personne : je n’avais pas envie d’entendre les gens me dire que j’étais folle, ou tenter de me rassurer. Ça n’aurai servi à rien, j’étais trop fatiguée, engloutie trop profondément par mes angoisses. Complétement engloutie.

J’ai passé les derniers jours à la maison à manger des yeux mon tout petit, à le prendre en photo, à m’occuper de lui. A profiter de lui au maximum. Pour ne pas avoir de regret. Parce qu’il allait bientôt me manquer.
Et je savais que toutes les photos, toutes les vidéos ne pourraient me permettre de garder ce que j’aime le plus : la chaleur de son corps, la douceur de sa peau, son odeur, son rire, son caractère…et tellement d’autre chose.
J’ai décompté les jours jusqu’à l’opération. Les jours qui me restaient…

J’ai pleuré toutes les nuits, j’ai souris tous les jours. Et je n’ai rien dit à Alex pour ne pas l’angoisser plus qu’il ne l’était déjà.
J’ai écouté les gens me dire que tout aller bien se passer, je n’ai pas contre dis, j’ai fais bonne figure. J’ai caché mes pincements au coeur et mes larmes.

A aucun moment je n’ai pensé annuler l’opération. Je savais très bien que mon « intime conviction » n’était pas dictée par la raison. Et cette opération, Valentin en a besoin. Il faut qu’elle ait lieu.

Quand j’ai tenu Valentin dans mes bras juste avant le kt, quand j’ai vu son petit cou et que je ne me suis plus souvenu de la dernière fois que je lui avait fais un bisous là… j’ai pensé que je ne pourrais peut être plus jamais le faire.

Quand on nous a annoncé que l’opération réparatrice était repoussée, ma première pensée a été que je n’aurai pas la force de tenir 2 ou 3 semaines de plus. Je me suis dit que j’étais trop fatigué, que c’était trop difficile : les nuits, l’allaitement, l’isolement, la malformation…
Et puis très vite, quelques secondes après, je me suis dit qu’on avait 3 semaines de répit, 3 semaines de rab.
Ce fut un tel soulagement de pouvoir de nouveau lui faire des bisous, des câlins, lui parler, le voir, le toucher.

 

Voila. Les effets de la fatigue, sur ma petite personne.
Fort heureusement, Alex à notre retour m’a permis de me reposer, de dormir, de souffler, de reprendre pied.
Dans un peu plus d’une semaine nous repartons vers l’hôpital. Aujourd’hui je suis un peu plus sereine face à l’opération. Pas complétement hein faut pas rêver 😉
Mais je suis plus raisonnable, et je me souviens que nous avons 95% de chance de revenir avec notre bébé à la maison. Il y a bien sur tous les intermédiaires, toutes les complications qu’il peut y avoir, petites ou grandes, qui auraient des conséquences sur la vie de Valentin.
Je ne peux pas prédire comment vont se dérouler les événements. Je ne sais pas. Mais on a 95% de chances.
Et je suis un peu moins fatiguée!

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