10 mars. Le KT

A 6h je suis réveillée par le passage des infirmiers qui prennent les constantes.
Valentin se réveil à peine, puis se rendort.
Je me redresse et j’attends. Je suis persuadée que Valou va se réveiller d’ici peu et que je vais devoir batailler avec mon petit bonhomme. Je préfère ne pas me rendormir.

Alex arrive un peu avant 8h. Valentin se réveil à peine. Il veut aller dans les bras de son papa, qui s’exécute, trop content d’avoir un câlin.
Je suis surprise, et soulagée, Valentin se réveil avec le sourire et ne réclame pas le sein.
Bon au bout d’un moment quand même il me regarde l’air de me dire « tu attends quoi? ». Il veut revenir dans mes bras et me tire sur mon tee-shirt. Arg, c’est maintenant que la bataille va commencer.

Mais heureusement le programme est chargé : une aide soignante arrive pour récurer le lavabo-baignoire, pour le bain de bétadine de Valentin. Ce dernier est tellement curieux des allées et venues qu’il en oublie son repas. Ouf.

La cardiologue passe, et nous demande de la suivre pour faire l’écho de Valou.
Une fois allongé il n’est pas coopératif du tout, râle, se débat. La cardiologue vérifie rapidement son coeur, mais ne veut pas trop l’énerver. Elle n’insiste pas : ce qu’elle n’a pas vu sera vérifié dans quelques minutes pendant le kt.
Elle nous dit que si on a des questions il ne faut pas hésiter à lui demander.
Elle nous apprends aussi que l’opération réparatrice n’aura pas lieu le lendemain à cause d’une petite infection que Valentin a attrapé. Ça serait prendre trop de risque de complication post op.
Nous sortirons donc le lendemain. Nous apprendrons plus tard à quelle heure et la date prévue pour la prochaine opération.

Bon pour Valentin, ça commence à bien faire tout ça.
De retour dans la chambre, l’infirmière arrive pour lui faire le bain. Et la pour le coup, c’est des larmes et du chagrin. Valentin me regarde et ne comprends pas que ça ne soit pas son papa ou moi qui le baigne. Faisant parti de la toilette: le nettoyage des oreilles (aucun problème) et le nettoyage de nez ( gros gros problème).
En plus il doit commencer à avoir sérieusement faim.

On me demande de me laver les mains, de les passer au gel hydroalcoolique, et de mettre une belle blouse bleue.
Après le séchage, on me met Valentin dans les bras, enroulé dans un draps. Il ne faut pas qu’il sorte ses pieds ou ses mains, et nous ne pouvons plus lui faire que quelques bisous sur les cheveux.

Valentin, forcément, se débat. Il ne supporte pas d’être entravé, ne comprend pas pourquoi on l’enroule comme ça, pourquoi il n’a pas droit de manger, veut être assis.
Il me fait mal au bras, c’est du sport.
Et il pleure, me regarde avec des larmes plein les yeux, m’interroge du regard. « Pourquoi maman? »

Il tend sa tête en arrière, découvrant son joli cou. En temps normal je me jetterais sur lui pour lui faire plein de bisous dans cette région que je trouve si douce. Mais là je n’ai pas le droit.
Mon coeur se serre, je ne me souviens pas quand pour la dernière fois je lui ai fait un bisous dans le cou. Ni sur la joue.
Les larmes montent.

La veille dans la voiture, pendant que Valentin dormait, j’ai pleuré. Beaucoup. Je me suis laissée aller en me promettant que devant lui je serais forte, que je sourirais, que je le ferais rire, que je lui montrerais encore que la vie est belle, qu’il n’a pas à s’inquiéter que tout va bien. Je me suis dis que pendant qu’il dormait je pouvais me permettre de craquer, mais qu’il ne fallait pas, à aucun moment, que je flanche devant lui.

In-extrémiste, je reprends le dessus, je souris à mon fils, je lui chante doucement les paroles qui l’apaisent habituellement. Mais pas cette fois.

L’infirmière revient et lui donne un calmant.
Valentin ne veut pas le prendre, mais il en avale suffisamment pour devenir un bébé heureux. Le changement est rapide : il sourit, babille, rigole. Il est shooté !

nos petits coeurs - cathé

Avant le kt, après le bain de bétadine

Vers 9h30 – 10h, un brancardier arrive. Nous plaçons Valentin allongé dans son lit cage. L’infirmière revient et prévient le brancardier : « Fais très attention, parce que le petit bonhomme est vif et énergique. Il risque de bouger. Même si il a eu un calmant. Tu veux que je t’accompagne? »
Nous sommes un peu surpris, si vif que ça notre bébé?
Bon c’est vrai, là il rigole mais il ne voit pas le moment de faire voler le drap qui le garde bien aseptisé…coquin va.

Juste avant qu’ils partent tous les 3, Alex demande si il peut faire un dernier bisous.
« Ah ben oui quand même! »
Merci!

Un petit bisou rapide, et ils partent tous les 3.
Valentin est tellement curieux, il veut voir ou il va. Il rigole toujours.
Nous ne suivons pas le convoi dans le couloir. Je ne sais pas comment réagirait Valentin si il nous voyait derrière lui sans le suivre. Là il vit une aventure, il regarde devant.

Le lit a à peine passé la porte que cette fois, je n’arrive pas à retenir mes larmes. Je m’effondre dans les bras d’Alex qui n’en mène pas large. Nous nous permettons ce craquage, parce que tout à l’heure, quand Valou reviendra, il faudra de nouveau sourire, avoir la pêche, pour ne pas l’inquiéter.

On se reprend et on fait un peu de rangement dans la chambre.
Ensuite il faut s’occuper. Valentin devrait être absent 2h environ.
Je choisi d’aller prendre une longue douche chaude. Très chaude et très longue.
J’ai mal aux bras d’avoir tenu 8 kilo réfractaires… et peut être un peu mal aux bras qu’ils soient vides de mon bébé…
Alex va faire quelques courses. Nous manquons d’eau pour Valentin.
Par la suite, Alex joue sur sa tablette, je prends un livre.

Le temps s’étire en longueur.

 

Vers midi, Valentin revient. Il est nu en couche.
Il a de grandes traces rouge dégoulinantes sur les jambes. Alex a un mouvement de recul, je sens l’émotion le gagner.
Je le rassure : ce n’est pas du sang, c’est la bétadine ou l’équivalent, pour désinfecter la zone. La tension redescend.

L’infirmier change la couche et nous demande un body.
Les seuls body s’ouvrant sur le devant que j’ai trouvé dans le commerce sont flaggés « né sous une belle étoile ». A ce moment là, je ne peux m’empêcher de penser « si seulement »…

nos petits coeurs - kt

jambes après le kt

Valentin est branché de partout, il a 4 capteurs collant sur le torse (pour le coeur), une perf sur la main (pour du glucose, qui doit l’aider à se réveiller), un capteur de saturation sur le pied, un brassard pour la tension et un petit tuyau qui sort de la couche : un pansement à air (me demandait pas, j’ai pas bien compris. Pendant 4h régulièrement une infirmière va aspirer avec une seringue pour faire sortir l’air du point d’entrée du tuyau du kt :S ).

nos petits coeurs - kt

pansement air

Valentin n’est encore pas très bien réveillé, mais on sent déjà que ça va être moins facile qu’à son départ.
Il faut qu’il reste allongé, pour ne pas que le point d’entrée du kt ne se mette à saigner.

nos petits coeurs - kt

capteur sat au pied et fils pour capteur battement coeur qui passent par le bas du body

Pendant 1/2h-1h nous allons luter pour que Valentin reste allongé et n’arrache pas son pansement tuyau ni sa perf. Pour le capteur de sat, nous lui mettons chaussette et chausson, il n’arrive plus à l’enlever.
Régulièrement il nous montre sa main en faisant son petit « ho » malheureux, l’air de dire « regarde, j’ai ça. Tu veux pas me l’enlever? » et comme on ne réagit pas, vif comme l’éclair, il tente de tirer dessus avec son autre main.
Il est malheureux, il geint, il pleure un peu. Chacun de notre côté du lit, nous lui faisons des câlins, des bisous. Nous essayons de le calmer par tous les moyens. Nous sommes hyper vigilent, car petit bonhomme à l’habitude de nous « endormir » pour mieux faire les bêtises qu’il vise. Là en l’occurrence : enlever sa perf et son pansement.

Nous demandons un calmant, nous pensons qu’il a un peu mal. On nous apporte un doliprane en supo.
Nous en profitons pour demander quand est ce que tout l’attirail va être enlevé. Les réponses restent évasives.

Je lui donne le sein, enfin. Ça le calme un peu. On attend pour donner le dolipran.
Pendant les tétés, il a l’habitude de me mettre la mains dans la bouche. C’est son truc, son petit plaisir. Mais la c’est compliqué : pour éviter qu’il n’enlève sa perf les infirmières ont ajouté un pansement. Valentin tente de « forcer » ma bouche avec ses doigts, mais je n’ai accès qu’aux bouts de ses petits doigts. Ce qui le rend encore un peu plus malheureux.
Après, rapidement il me remontre sa main en gémissant. Nous lui donnons le doliprane, quelques minutes plus tard il s’endort. Nous sommes soulagés. Nous pouvons nous reposer un peu et nous pensons que c’est mieux pour lui de dormir à ce moment là.

Il fait une longue longue sieste. Il s’agite un peu dans son sommeil, nous surveillons que tout va bien.
Les infirmiers passent régulièrement pour le pansement à l’aine et pour vérifier les différentes constantes.

 

Le chirurgien, le docteur Z, passe nous voir.
Il croise Alex dans le couloir et lui dit « Venez, j’ai des choses à vous dire ». Est ce qu’il l’a reconnu?
Ce qui est sur c’est qu’il a relu le dossier, il sait très bien qui on est, d’où on vient, et tous les petits détails. J’apprécie les médecins qui font ça.
Il me dit en rigolant « Alors qu’est ce que vous avez fabriqué? J’étais prés moi! » et puis tout de suite « Nan mais je sais que c’est pas de chance, ça se voyait quand on vous avez vu que vous feriez tous ce qu’il faut… »
Pour une fois, il a entendu ma voix. J’ai pu lui parler. Certainement parce que j’étais tellement soulagé d’avoir récupéré mon bébé…
Il nous apprend que le cathé c’est bien passé, qu’il n’y a pas de mauvaise surprise. Et qu’on reviendra d’ici 15 jours pour la grande opération.
Il discute encore 5 minutes avec nous, nous blaguons un peu. Puis il part. Non sans une petite caresse pour notre petite colocataire qu’il a opéré une semaine avant et prendre quelques nouvelles auprès de sa maman.
Avoir un chirurgien compétent et humain, comme lui, c’est vraiment merveilleux.

 

Quand Valentin se réveil, les infirmières lui enlève le brassard de tension et les capteurs de battement de coeur.
Ça colle fort ces machins là. Mais Valentin ne dit rien.

nos petits coeurs - cathé

Trace de colle et cicatrice d’il y a un an (et spoiler : premier petits boutons)

Il reste plein de traces de colle, je demande si on peut lui donner un bain. Il faut attendre le lendemain. Mais on a le droit de lui faire une petite toilette avec un gant.

Je nettoie les traces de colle, j’en profite pour enlever le maximum de trace rouge sur les jambes et le ventre.

L’infirmière repasse quelques temps plus tard, elle enlève la perf.

nos petits coeurs - cathé

Le lendemain, résultat de la perf et du pansement

Il lui reste le pansement air.
Nous le laissons s’assoir. Nous savons que nous prenons le risque qu’il saigne, et donc de regretter, mais Valentin ne supporte plus d’être assis. Et nous n’avons pas envie de le traumatiser.
Dés qu’il est assis, il sourit, il est content, heureux. Il joue avec nous.

Très vite, l’infirmière revient et lui enlève le dernier souvenir du kt.

Je passe voir la secrétaire de la cardio pédiatrie, pour annuler la nuit en maison des parents prévue pour le lendemain. Elle a déjà fait le nécessaire, elle m’apprends en même temps notre prochaine date d’entrée : le 30 mars. Pour l’opération le 31.
Elle nous réserve la nuit du 31 à la maison des parents, me dit qu’elle nous enverra le compte rendu et le nouveau dossier, mais qu’il y aura moins de chose à remplir, puisque une partie du dossier reste bon. C’est déjà ça.

Nous donnons le gouté à Valentin vers 18h. Il y a des parents qui attendent dans la cuisine. Une infirmière vient les chercher pour qu’ils aillent voir leur petite fille qui vient de sortir du bloc.
Si l’opération avait eu lieu, le lendemain c’est nous qui aurions attendu là.

Nous préparons les valises pour le lendemain. Je range le maximum de chose.
Nous nous occupons de Valentin qui a le sourire. Que ça fait du bien.
Nous appelons Gabriel. Il est contrarié que les vacances soient écourtées. Mais nous lui vendons qu’il pourra finalement aller au carnaval de l’école. Ça compense un peu. Et puis il retourne pour d’autre vacances chez papy et mamie très vite. Il est content.

Nous donnons à manger à Valentin vers 20h.

Alex part vers 21h. Il y aura encore le passage des infirmières de nuit, vers minuit, pour la prise de constante.

Personne ne m’aura fait de remarque sur le cododo. Je suis soulagée.

Une nouvelle fois Valentin est excité comme une puce, mais heureusement une fois encore j’arrive à l’endormir en l’allongeant sur mon ventre.
Et je passe encore une nuit collée-serrée avec mon tout petit bonhomme.

 

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4 réflexions sur “10 mars. Le KT

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