Ce ne sont que des détails

J’ai deux enfants. Deux enfants différents l’un de l’autre, deux naissances particulières.

C’est un détail mais…je ne sais pas ce que c’est que mettre un enfants au monde.

Je ne connais pas le réveil au milieu de la nuit par le début des contractions, le bain que l’on prend pour vérifier que c’est bien le début du travail, l’attente d’avoir des contractions toutes les 2 minutes (ou 5? je ne sais plus), et enfin le départ vers la maternité avec le papa.

Moi je connais la présentation à la maternité sur rendez vous.

Je ne sais pas ce que c’est que de sentir les contractions s’intensifier petit à petit, et le moment ou le corps « décide » qu’il faut pousser. Je n’ai pas poussé, je n’ai pas senti mes enfants sortir de mon ventre, ni ressenti le soulagement quand les contractions s’arrêtent et le bonheur d’avoir son bébé dans les bras aux premières minutes de sa vie. Pas de peau à peau à la naissance avec moi, pas de moment intime à trois.

Moi je connais les contractions artificielles qui sont ingérables dés le début. Je connais la naissance décidée par quelqu’un d’autre et la naissance programmée, la position allongée bras en croix, la sensation d’être un objet qu’on manipule, le personnel médical qui s’active tout autour sans forcément m’adresser la parole.
Mes enfants ne sont pas sortis de mon ventre mais de derrière un draps. Bleu pour Gabi, vert pour Valentin. Un détail.
Un détail également la cicatrice que j’ai dans le bas du ventre. Ce trait blanc ne me gène pas, mais qu’est ce que j’ai eu mal à cause de lui. Autant physiquement que moralement.

Une caresse joue contre joue ou un bisou  rapide, un regard et quelques mots, et déjà mes bébés n’étaient plus là. Après les avoir arrachés de mon ventre, le personnel les emmenait quelque part. Ailleurs. Ou?
Gabi a fait un peu de peau à peau avec son papa, je l’ai eu contre moi plus tard, mais avec perf et péridural à fond, j’étais toute engourdie, incapable de bouger. Il était au creux de mon bras. Complètement à plat je pouvais à peine le regarder.
Quand a Valentin, Alex n’a pu passer que quelques minutes avec lui juste après sa naissance. Il a du attendre plusieurs heures pour le revoir. Moi j’ai attendu 4 longues heures pour avoir quelques nouvelles. Ne serais ce que savoir qu’il était toujours vivant!
Tous le monde a su avant moi son poids et sa taille. Moi sa maman, pendant 4h, je savais seulement qu’il était né.
J’ai pu le revoir 34h après sa naissance. J’ai tenu avec le souvenir des 30 secondes de lui qu’on m’avait accordé.
Pendant 5 jours nous lui avons fait des bisous au compte goutte, des petites caresses sur la main et il nous a fallu attendre tout ce temps pour le prendre dans nos bras.

Moi je n’ai pas accoucher. Je n’ai pas donné naissance. On l’a fait pour moi.
Ces journées qui marquent l’arrivée de nos bébés, leur naissance, n’ont rien eu de naturelle. Le médical à pris le dessus, même quand se n’était pas nécessaire, même quand il n’y avait pas d’urgence. Même quand il était possible de faire différemment, de nous donner du temps, le médical n’a pas souhaité nous l’accorder. Ça n’aurait pas changer grand chose pour eux, mais ce n’est pas « la procédure ».
Mais après tout, ces moments ensemble juste après la naissance, pour un bébé, ce n’est certainement pas très important. :S

 

Il a fallut continuer. Et faire avec, ou sans, ce qu’on nous avait accordé.

 

J’ai un livre de naissance pour Valentin et Gabriel. Ainsi qu’une boite ou je garde quelques petites choses de leur vie de bébé.
Pour Gabi j’ai gardé son premier pyjama, ses premiers chaussons, son bracelet de naissance. Rien de très original.
Pour Valentin … ça se joue sur des détails, vraiment.
Par exemple il n’a pas eu de bracelet de naissance. Il partait directement en réa pédiatrie cardiaque, il y avait peu de chance de le confondre avec un autre bébé, il était facilement reconnaissable avec sa « petite différence ».
Il a été habillé pour la première fois par la personne qui s’occupait de lui en réa, avec un pyjama prêté par l’hôpital.
J’ai gardé le body et le pyjama qu’on avait choisi pour sa naissance et qu’on lui a mis le 6 éme jour quand nous avons été en chambre mère-enfant… Ce n’est pas tout à fait pareil…ce n’est pas si important.

Nous n’avons pas donné le premier bain. Avec la césarienne je n’avais pas pu donner le premier bain de Gabriel mais Alex avait pu y assister. Pour Valentin nous ne savons même pas quand il a eu lieu. La vie de Valentin pendant ces 5 jours nous a complètement échappée, nous ne savons pas grand chose de ce qu’il a vécu, de ce qu’on lui a fait. A t’il eu quelques câlins? Lui a t’on chanté des berceuses?

Il a été 9 mois dans mon ventre, attendu, aimé, cajolé, doucement bercé. Et tout d’un coup changement de décors, un monde froid et agressif, plein de seringues, de piqûres, de bip. Et nous n’étions plus là. Un détail ?

Nous n’étions pas là pour le premier repas de Valentin, le premier biberon.
Gabriel a pu être allaité dés le début, malheureusement ça n’a pas duré longtemps (2 mois, pas suffisant à mon gout).
Pour cette deuxième fois, j’ai commencé l’allaitement avec une machine. C’est…particulier. Pas forcément plus douloureux physiquement. Pas forcément facile émotionnellement. Mais je suis fière de toujours allaiter mon bébé 7 mois plus tard. J’y suis arrivée! J’y arrive! J’ai presque envie de dire que « je suis une vrai maman ». Je sais bien que ça n’a rien à voir. Mais le « reste » m’a tellement manqué…Et me manque encore.

 

Tous ces petites détails, ne sont que des détails. Des petites choses sans importances.
Elles me prennent par surprise parfois, elles se rappellent à mon souvenir sans crier gare. Chaque fois ça me fait l’effet d’un coups de point dans le ventre.
J’ai parfois du mal à supporter le récit de maman qui raconte leur(s) accouchement(s) tellement…normaux. Je n’y peux rien, je les envie.

Ce ne sont que des détails. Des petits rien, des pas grands choses. Surtout pour ceux qui ont eu la chance de les avoirs.
Putain ça fait mal.
Je donnerais tellement pour n’avoir rien à raconter d’exceptionnel.
J’aimerais tellement avoir eu deux accouchements terriblement banals et deux enfants en parfaite santé.
J’aimerais tellement avoir eu ces petits détails.

A toutes les personnes qui pensent que se ne sont que des détails, des petites choses sans importances, je dis ceci:
Rendez vous compte de la chance que vous avez, profitez de ces détails.
Demain la vie vous jouera peut être un tour.
Et d’autre n’ont pas eu autant de chance, alors ne méprisez pas ces petites choses, ces petits moments, sous prétexte que vous les avez eu.

 

Bien sur quand j’écris tout cela, je suis triste.
Mais c’est comme ça, c’est « la vie ».
Je ne peux pas changer ce qui a déjà eu lieu, alors j’avance.
A mes enfants je donne tout l’amour dont je suis capable, toute la tendresse, tous les bisous, tous les câlins que je peux. Je vais au delà de mes limites.
Je n’ai pas eu ces détails, mais j’en ai plein d’autre. J’en crée plein d’autre.
Et je sais que j’ai de la chance de pouvoir le faire.

 

 

 

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2 réflexions sur “Ce ne sont que des détails

    • Je me souvenais que tu avais eu le même parcours (2 césariennes).
      J’imagine que la plupart des femmes dans la même situation, mis à part quelques exceptions, ont ce sentiment.
      Mais comme nos enfants sont beaux et merveilleux 🙂
      Allez, c’est l’automne, la pluie, le temps gris, ça me rend toujours un peu triste 😉

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