Pourquoi je rêve de ne plus avoir de césarienne

Il y a des femmes qui disent qu’elles ont bien vécu leur césarienne.
Enfin…il y a surtout quelqu’un qui connait quelqu’un qui a bien vécu sa césarienne.
Autour de moi, les femmes ayant eu se genre d’expérience n’en garde pas un super souvenir. Une seule à ma connaissance voulait une césarienne, a eu une césarienne et est tout à fait satisfaite de cela. Elle n’a eu qu’un enfant.

Par contre, nous avons toutes fait « bonne figure » suite à cette putain de césarienne. C’est la sensation que j’ai.

Je parle toujours de « ma césarienne » et rarement de « mon accouchement ». Parce que j’ai davantage eu l’impression qu’on m’a sortie de force le bébé que j’avais dans le ventre que de lui avoir donné la vie. Ça a été moins mon accouchement que les décisions et actions du personnel médical présent.

Cette opération, parce que s’en est une, m’a fait du mal. Physiquement et moralement.

 

 

D’abord physiquement.
On m’a coupé le ventre. Si si. Les abdo, l’utérus. Couic.
Oh ben oui après le médecin a recousu, hein quand même.
Les adbo vous savez c’est ce truc indispensable, les muscles qu’on a au niveau du ventre, et qui servent à tellement de chose. Par exemple à bouger : s’asseoir, se lever, se mettre debout, marcher, se retourner dans son lit. On les crispe aussi quand on tousse, éternue, rigole, et même un peu en parlant et en respirant.
J’ai découvert que malgré tout le poids pris pendant ma première grossesse, mes abdo étaient toujours là. Coupés et recousus mais présent. Pendant quelques jours je n’ai pu me lever de mon lit qu’avec l’aide d’autre personne, je ne pouvais pas prendre mon bébé dans les bras toute seule, alors qu’il était à 1 m de moi dans son berceau. Il fallait que quelqu’un d’autre le prenne et me le dépose dans les bras. Je ne tenais la station debout ou assise que quelques minutes.
Bref les premiers jours ça a été merveilleux : sonde urinaire, perf en permanence (avec les calmants qui vont bien,heureusement) et impossibilité de m’occuper de mon fils. Le bonheur, vraiment.

Qu’on ne vienne pas me parler de Rachida Dati, qui courait sur les pavés de l’Elysée en petit pantalon cuire moulant 3 jours après sa césarienne. Soit c’est une menteuse (elle n’a pas accouché 3 jours avant, mais bien 3 semaines) soit c’est une tricheuse (elle était hyper dopée). Très certainement les deux.

Moi trois jours après je ne faisais que quelques pas en me tenant d’un côté à ma perf, de l’autre à tout ce que je pouvais (lit, mur, fauteuil), je ne pouvais pas prendre seule mon bébé dans les bras (trop risqué : si je le prend dans mes bras, je me tiens comment?) et j’avançais plié en deux comme une petite mamie, au rythme d’un escargot.
Et un mois après c’était toujours pas le pied. Autant dire que pour l’allaitement ça a pas aidé.

 

 

Moralement, ça m’a fait encore plus de mal, et ça a laissé des séquelles assez longtemps.

D’abord j’ai eu la sensation d’être spectatrice de cet accouchement : « on » a décidé que le lundi je rentrais à la maternité, et que j’aurais un tampon pour faire maturer le col. Le lendemain « on » a décidé que je devais aller marcher (aucune aide ou conseils pour m’aider à respirer et gérer au mieux la douleur. Aucune info non plus) , puis « on » a décidé que je devais avoir la péridurale. Pour continuer « on » a percé la poche des eaux, « on » m’a positionné comme ci ou comme ça pour essayer de faire avancer le travail, et au final « on » a décidé qu’il fallait aller chercher le bébé.
Je n’ai rien décidé. On ne m’a pas proposé d’alternative, on m’a un peu tout imposé.
Au final j’ai eu l’impression qu' »on » considérait que je n’étais pas apte à décider ni à accoucher.

Quand Gabi est né, on me l’a présenté. Moi bras en croix attachés sur la table, on m’a approché mon bébé 3 secondes pour un petit bisou et quelques mots. Et hop déjà plus là. Car dans une salle d’opération, là ou la césarienne est réalisé, il fait très froid.
Ces 3 petites secondes ont été magique. C’est comme si lui et moi on s’était reconnu. Mais quand on m’a ramené mon bébé 1h plus tard, nous étions devenu 2 étrangers. Cette sensation est restée plusieurs mois. Je n’ai d’ailleurs jamais réussi à faire le lien entre le bébé que j’attendais dans mon ventre et le bébé que j’avais dans les bras. Ai je trop idéalisé l’accouchement par voie basse? peut être. Mais je pense que si il n’y avait pas eu cette heure de séparation, nous aurions pu faire durer le moment magique un peu plus longtemps et que pas mal de choses auraient surement été différentes par la suite.

Parce que la suite, c’est de la fatigue, le sentiment de ne pas avoir « réussi », de ne pas être une vrai femme, que la nature m’avait fait une vrai crasse (merde pourtant la nature est bien faite non?), un bébé que je ne comprenais pas, une dépression post-partum avec des séances chez une pédo psy (pour ne pas avoir envie de nous jeter tous les deux par la fenêtre).
Il m’a fallu 2 ans et un an de visite j’ai une psychologue pour avoir une relation sereine avec mon fils. Avant ça, j’étais déjà folle de lui, mais notre relation et mon comportement était…bancale. Difficile de décrire cela avec des mots, mais j’avais la sensation d’être une mauvaise mère, de ne pas faire ce qu’il fallait, j’en voulais parfois à mon fils (mais de quoi???). Les choses se passaient parfois super bien et parfois j’étais terriblement malheureuse et Gabi le ressentait et n’était pas bien non plus. Bien sur tout cela n’est pas seulement du à la césarienne, mais si elle n’avait pas eu lieu, je pense qu’on s’en serait mieux sorti.

Bref une bonne petite césarienne, c’est pas juste on coupe, on recoud et tout le monde est heureux. Bien sur « le principal c’est que le bébé aille bien » (phrase entendu à mainte et mainte reprise). Bien sur. Mais quand même, je reste persuadée que dans bien des cas le monde médical pourrait laisser un peu plus la nature faire, s’en mêler un peu moins, et tout le monde irait aussi bien même peut être mieux.
Sur le carnet de santé de Gabi, la césarienne est justifié par « souffrance fœtal ». Sauf que je n’ai absolument aucun souvenir qu’à un moment ou un autre mon fils ait été en souffrance. Au contraire, il avait l’air d’aller plutôt bien. Par contre, puisque j’avais eu la poche des eaux percée, que ça faisait 12h, le gyneco ne voulait plus attendre protocole hospitalier oblige.
De toute façon dans mon cas, le gyneco avait décidé à 15h de m’opérer, alors que je venais tout juste d’avoir la poche des eaux percée et qu’on en était au début du déclenchement par ocytocine. (au final j’ai été opéré à 22h50, grâce aux sages femmes qui on su lui faire un peu oublier ma présence). Je l’ai entendu dire, se venter plutôt, quand il m’a « pris en charge » que j’étais la 7 émé de la journée. Et il avait l’air d’espérer que je ne serais pas la dernière. Combien de césariennes réalisées ce jours là pour que ce monsieur puisse battre son record?

 

 

Aujourd’hui je fais un peu plus la part des choses quand je parle à un gyneco. Mais c’est affolant comme ils sont souvent persuadés que sans eux les femmes ne pourraient pas accouchées. Si si je vous assure. Pourtant cette profession n’est pas si vieille et avant eux on faisait comment? Ce n’est que depuis, quoi, 40 ou 50 ans que les femmes vont à l’hôpital pour accoucher, non?
Et puis cette phrase que m’a sorti le gyneco de Paris « vous voulez pas de césa? je vois pas pourquoi, 2 jours après on galope! ». Oui mais bien sur! J’ai eu envie de lui répondre : »ben écoute mon gars, on va t’opérer dans le bas du ventre là, un peu les abdo, un peu dans les parties intimes, et puis on voit si tu galope 2 jours après ». D’ailleurs lui m’a fait comprendre que pour lui, comme j’avais déjà fait un dépassement de terme et avait eu une césarienne, je ne pourrais jamais accoucher par voie basse parce que je ferais toujours un dépassement de terme et que…ben j’arriverais jamais à accoucher quoi!!!
Et pourtant la plupart des femmes qui ont eu plusieurs enfants m’ont dit que d’un accouchement à l’autre ça pouvait être très très différent. (exemple: je suis née avec 1 mois d’avance avec début du travail par contractions, mes soeurs à terme avec perte des eaux, mon frère dépassement de terme et par césarienne. 4 accouchements pas vraiment identique pour ma mère donc)
Un peu d’humilité ne ferait pas de mal à cette profession parfois.
Heureusement mon gyneco ici n’est pas du tout comme ça. C’est en partie pour cela que j’ai changé, que je me suis tournée vers lui. Je suis vraiment contente d’avoir sauté le pas du changement et d’avoir arrêté de subir le « technicien » que j’avais avant (comprendre que l’humain ne rentrait pas en ligne de compte).

 

 

Aujourd’hui cette première césarienne à encore des répercussions sur ma vie, sur ce deuxième accouchement.
D’abord le travail de sape à très bien fonctionné : au fond de moi je doute de pouvoir accoucher et de pouvoir supporter la douleur. Je me sens trop nulle pour réussir là ou quasiment toutes les femmes réussissent. J’ai l’impression que mon corps n’est pas normal et d’être quelqu’un de faible.
Physiquement j’ai par exemple des petites douleurs sur la cicatrices pendant la grossesse. Assez désagréable.
Il y a plus de risque de rupture utérine pendant un accouchement par voie basse (par exemple déchirement de la cicatrice) .
A cause de ça, je ne peux plus subir de déclenchement comme pour le premier (on peut seulement donner un petit coup de pouce si le travail a déjà commencé). Un peu ballot vu la situation avec Valentin, ça aurait été bien de pouvoir faire un déclenchement cette fois.
Si le travail démarre naturellement, le bistouri ne sera jamais loin. Au moindre ralentissement du travail (ce qui peut arriver sur n’importe quel accouchement) hop direct on coupe.
Pas de dépassement de terme possible (bon de toute façon, vu la situation ce n’était plus du tout une option).
Etc.

 

Bref parce qu’on m’a coupé un peu vite la première fois (ce n’est que mon opinion) il est fort probable qu’on me découpe une deuxième fois.
Je n’ai pas particulièrement envie de revivre ce que j’ai vécu la première fois, même si cela sera surement différent.
Je n’ai pas envie que la petit demi heure qu’on nous accorde à trois à la naissance de Valou, je la passe à me faire recoudre (et donc pas avec mon fils).
Je n »ai pas envie d’être diminué physiquement, je n’ai pas envie d’avoir des problèmes pour me déplacer, alors que cette fois mon fils sera 2 étages en dessous et pas dans la chambre prés de moi.
Je n’ai pas envie de devoir attendre 1 ou 2 jours pour aller voir mon bébé. Je n’ai pas envie de ne pouvoir rester que quelques minutes prés de lui parce que la douleurs sera trop vive.
Je n’ai pas envie de souffrir c’est certain, mais je n’ai surtout aucune envie d’abandonner mon petit Valentin.

 

Il y a des femmes qui vivent bien leur césarienne. Qui n’ont pas si mal que ça. Que ça ne dérange pas.
Il parait.
Moi j’ai pas envie. Je me prépare à cette éventualité car il y a davantage de probabilité que ça finisse comme ça. Mais ça fait chier. C’est pas comme si la situation était déjà pas un poil merdique.
Après si j’avais le choix, bien sur que je préférerai me faire opérer et que Valou lui n’en ai pas besoin.
Mais il parait que la vie ça ne fonctionne pas comme ça.

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